Jaguar

Le jaguar est un mammifère carnivore de la famille des félidés. Il fait partie des quatre «grands félins» du genre Panthera, avec le tigre, le lion et le léopard.



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Statut IUCN Quasi menacé - CITES annexe I - Mammifère (nom vernaculaire) - Faune endémique d'Amérique du Sud

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  • Le jaguar est le troisième plus gros félin au monde. C'est l'unique représentant du genre panthera en Amérique, les autres espèces étant toutes en Afrique ou... (source : zoodegranby)
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Jaguar
 Jaguar (Panthera onca)
Jaguar (Panthera onca)
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Felidæ
Genre Panthera
Nom binominal
Panthera onca
(Linnæus, 1758)
Répartition géographique
Wiki-Panthera onca.png
Statut de conservation IUCN :

NT : Quasi menacé
Schéma montrant le risque d'extinction sur le classement de l'IUCN.

Statut CITES : Cites I.svg Annexe I,
Révision du 01-07-1975

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Le jaguar (Panthera onca) est un mammifère carnivore de la famille des félidés. Il fait partie des quatre «grands félins» du genre Panthera, avec le tigre, le lion et le léopard. Son aire de répartition actuelle couvre du Mexique à travers l'essentiel de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud jusqu'au nord de l'Argentine et du Paraguay. Hormis des errances occasionnelles de jaguars originaires du Mexique, le jaguar est une espèce extirpée des États-Unis depuis le début des années 1970.

Ce félin tacquis ressemble physiquement au léopard, mais il est le plus souvent plus grand et d'apparence plus massive. Qui plus est , son habitat et son comportement ont des caractéristiques plus proches de celles du tigre. Quoique la forêt tropicale dense soit son habitat de prédilection, le jaguar s'accommode d'une large variété de milieux ouverts et boisés. Il est fortement associé à la présence de l'eau et comme le tigre, c'est un félin qui aime nager. Le jaguar est un prédateur solitaire, qui chasse à l'affût, tout en étant opportuniste dans la sélection des proies. C'est aussi un superprédateur qui joue un rôle important dans la stabilisation des écodispositifs et la régulation des populations qu'il chasse. Il a développé une puissance de morsure exceptionnelle, même comparé aux autres grands félins qui lui sert à percer les coquilles ou carapaces des reptiles et d'employer une méthode de mise à mort inhabituelle : il mord directement dans le crâne de sa proie et livre un coup fatal au cerveau.

Le jaguar est une espèce quasi menacée (NT) selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et ses effectifs sont en baisse. Il est surtout menacé par la destruction de son habitat plus ou moins liée à la fragmentation écopaysagère. Tandis que le commerce international des jaguars ou de leurs dérivés est interdite, le jaguar est toujours régulièrement tué par les humains, surtout quand il entre en conflit avec les éleveurs et les agriculteurs d'Amérique du Sud. Quoique réduite, son aire de répartition reste large. Compte tenu de sa répartition historique, le jaguar a figuré en bonne place dans la mythologie de nombreuses cultures amérindiennes, y compris celle des Mayas et des Aztèques.

Tête

Le jaguar possède une mâchoire imposante.

La tête est robuste et la mâchoire extrêmement puissante. Les oreilles sont rondes, de couleur noire au revers avec une tache blanche au milieu, pour les individus non mélaniques. La pupille est ronde. Il a été suggéré que la morsure du jaguar est la plus forte de l'ensemble des félidés ; cette force donnant la possibilité même de percer les carapaces de tortues[1]. Une étude comparative de la force de la morsure selon la taille du corps classe le jaguar comme le plus puissant des félidés, ex-æquo avec la panthère nébuleuse mais devant le lion et le tigre[2]. Cela lui confère une méthode de mise à mort inhabituelle : il mord directement dans le crâne de sa proie et livre un coup fatal au cerveau[1], [3]. Il a été rapporté qu'un jaguar «peut traîner un taureau de 360 kg sur 8 m dans ses mâchoires et pulvériser même les os plus robustes[4]». Le jaguar chasse des animaux sauvages pouvant peser jusqu'à 300 kg dans la jungle dense, et son physique court et robuste est par conséquent une adaptation à ses proies et son environnement.

Corps

Le jaguar est un animal trapu qui donne l'impression d'être bien musclé. Plutôt court sur pattes, c'est un félin particulièrement habile à l'escalade, l'exploration et la natation[5]. Dans son aire de répartition, il ne peut être confondu avec aucun autre félin : seul le puma (Puma concolor) peut être aussi gros que lui mais ce dernier est de couleur fauve. Cependant, le jaguar ressemble au léopard (Panthera pardus) qui vit en Afrique et en Asie. Les deux animaux peuvent être distingués par leurs rosettes : celles du jaguar sont plus grandes, moins nombreuses, le plus souvent plus sombres et ont des lignes plus épaisses et de petites taches dans le milieu que le léopard n'a pas. Les jaguars ont aussi une tête plus arrondie et courte que le léopard, et un aspect énormément plus massif[6].

Biométrie

Il existe d'importantes variations de taille parmi sa population, le poids étant le plus souvent compris entre 56 et 96 kg. Les mâles les plus lourds ont été pesés à 159 kg[7], ce qui correspond à peu près au poids d'une tigresse ou d'une lionne, et les plus petits mâles connus ont un poids extrêmement faible de 36 kg. Les femelles sont le plus souvent plus petites que les mâles de 10 à 20 %. La longueur du jaguar fluctue de 1, 4 à 1, 8 mètre pour les mâles et de 1, 2 à 1, 7 mètre pour les femelles. La queue mesure de 55 à 65 cm pour les mâles et 43 à 60 cm pour les femelles. L'animal fait à peu près 68 à 76 cm de hauteur au garrot[8].

D'autres variations ont été observées selon les régions et les habitats, la taille de l'animal tendant à augmenter au nord de son aire de répartition. Une étude du jaguar dans la réserve de biosphère de Chamela-Cuixmala, sur la côte mexicaine de l'océan Pacifique, a montré des individus d'uniquement 30 à 50 kg, poids proche de celui du puma[9]. Par contre, une étude des jaguars dans la région du Pantanal brésilien montre un poids moyen de 100 kg[10]. Les jaguars vivants dans les milieux forestiers denses sont fréquemment plus sombres et bien plus petits que ceux qu'on trouve dans les espaces ouverts, certainement en raison du moins grand nombre de proies herbivores dans les zones forestières[11] : la moyenne est en effet de 57 kg uniquement pour les mâles et 42 kg pour les femelles dans les forêts tropicales humides et respectivement de 87 et 76 kg dans les plaines du pantanal[8].

Pelage

Détail du pelage

Le pelage du jaguar est le plus souvent jaune tacquis, mais peut aller du brun au noir. Le dessous de l'animal, la gorge et la surface extérieure de la jambe et le bas des flancs sont de couleur plus claire, proche du blanc. L'animal est couvert de rosettes de camouflage pour la forêt amazonienne, son habitat. Les taches fluctuent sur l'individu même et entre les individus : les rosettes peuvent inclurent un ou plusieurs points, et la forme des points fluctue. Les taches sur la tête, le cou et la queue sont le plus souvent bien différentes des autres taches, pleines (sans rosette)  ; sur le cou, elles se rejoignent pour former des rayures[12].

Les formes mélaniques existent dans l'espèce. La forme mélanique avancée touche à peu près six pour cent de la population[13], et est par conséquent moins courante que la forme plus tacquise signalée sur les jaguars d'Amérique du Sud, et est le résultat d'un allèle dominant[14]. Les jaguars avec la forme mélanique avancée semblent entièrement noirs, mais leurs taches sont toujours visibles si on regarde attentivement. Les jaguars touchés par le mélanisme profond sont officieusement connus sous le nom de «jaguar noir» et quelquefois «panthère noire», mais ne forment pas une espèce ou une sous-espèce différente. Les individus touchés par l'albinisme, quelquefois nommés «jaguars blancs», sont rares mais existent chez les jaguars, comme chez les autres grands félins[11].

Évolution de l'espèce et sous-espèces

Place dans l'arbre phylogénétique

Le jaguar est l'unique membre du genre Panthera existant au Nouveau Monde. Son étude ADN montre que le lion (Panthera leo), le tigre (Panthera tigris), le léopard (Panthera pardus), le jaguar (Panthera onca), l'once (Uncia uncia) et la panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa) partagent un ancêtre commun et que ce groupe ancestral se situe entre six et dix millions d'années[15]. Les preuves fossiles estiment l'émergence du genre Panthera à 2 ou 3, 8 millions d'années[15], [16]. Les études phylogénétiques situent le plus souvent la panthère nébuleuse à la base de ce groupe[15], [17], [18], [19]. La position des autres espèces, surtout celle de l'once, fluctue entre les études et est toujours en suspens[15], [17], [19], [20], [Note 1].

Sur la base de données morphologiques, le zoologue britannique Reginald Innes Pocock a conclu que le jaguar est le plus étroitement lié au léopard[19]. Cependant, l'ADN n'apporte pas de preuve sur la position du jaguar comparé aux autres espèces et cela fluctue entre les études[15], [17], [18], [19]. Les fossiles d'espèces éteintes Panthera, comme le jaguar européen (Panthera gombaszœgensis) et le lion américain (Panthera atrox), montrent à la fois les caractéristiques du lion et du jaguar[19]. La présence du jaguar est attestée par des fossiles de deux millions d'années[21]. C'est un félin américain depuis le passage du pont terrestre de Béringie au cours du Pléistocène. L'ancêtre immédiat de l'animal moderne était plus grand que le félin contemporain[22]. L'analyse de l'ADN mitochondrial du jaguar date la naissance de l'espèce entre 280 000 et 510 000 ans, c'est-à-dire plus tard que le suggèrent les fossiles[23].


Arbre phylogénétique de la sous-famille Pantherinæ[24]

   Pantherinæ   


 Neofelis nebulosa - Panthère nébuleuse



 Neofelis diardi - Panthère nébuleuse de Bornéo



Panthera


 Panthera tigris - Tigre



 Uncia uncia - Panthère des neiges





 Panthera leo - Lion



 Panthera onca - Jaguar



 Panthera pardus - Léopard





Sous-espèces

Bien que de nombreuses sous-espèces du jaguar aient été déterminées, les études les plus récentes suggèrent l'absence de sous-espèce.

Les premières subdivisions intra-spécifiques du jaguar comportait 24 sous-espèces ; une délimitation taxonomique de l'espèce réalisée par Reginald Innes Pocock en 1939 a diminué le nombre de sous-espèces à huit[Note 2], sur la base des origines géographiques et de la morphologie du crâne[21]. Cependant, il n'avait pas accès à suffisamment de spécimens pour évaluer de manière claire l'ensemble des sous-espèces et il a exprimé des doutes sur plusieurs d'entre-elles. En 1989, le chercheur K. L. Seymore ne sépare ces sous-espèces qu'en trois Panthera onca onca (regroupant P. o. onca et P. o. peruviana), Panthera onca hernandesii (regroupant P. o. centralis, P. o. arizonensis, P. o. veræcrucis et P. o. goldmani) et Panthera onca palustris[25].

Des études récentes ont aussi échoué à trouver des preuves de sous-espèces bien définies et ne sont plus reconnues[26]. En 1997, Shawn Larson a étudié la variation morphologique du jaguar et a montré qu'il y a un cline de la population selon l'axe nord-sud, mais également que la différence nord-sud est quelquefois plus grande qu'entre les populations des prétendues sous-espèces, et par conséquent ne justifie pas l'affirmation de sous-espèces différentes[27]. Une étude génétique réalisée par Eduardo Eizirik et al. a en 2001, confirme l'absence d'une sous-structure géographique claire, mais cette étude a constaté que les principaux obstacles géographiques tels que l'Amazone, limitaient l'échange de gènes entre les différentes populations[23]. Une autre étude plus détaillée a confirmé cette prévision de la structure dans la population des jaguars de Colombie[22].

Désormais, les progrès des techniques d'investigation génétique permettent de déterminer les relations entre familles et espèces. Le jaguar apparaît comme l'unique grand carnivore ayant une aire de répartition particulièrement étendue mais pas de sous-espèce. C'est à dire, les jaguars ont mélangé leurs gènes pendant des millénaires, et des individus du Nord du Mexique s'avèrent semblables à ceux du Sud du Brésil ; résultat envisageable seulement par des échanges réguliers entre des groupes particulièrement éloignés les uns des autres[28].

Cependant, les sous-espèces de Pocock sont toujours régulièrement utilisées[21], et selon Mammal Species of the World[29] et la base de données SITI[30], il existe neuf sous-espèces du jaguar, ajoutant au huit de Pocock Panthera onca paraguensis, lequel fut en premier lieu spécifié par des fossiles puis des animaux vivants[25]. Le Jaguar Species Survival Plan recommande cependant de ne considérer aucune sous-espèce lors d'actions d'élevage conservatoire et d'éducation de la population[21] et l'Union internationale pour la conservation de la nature suit cette même recommandation[20].

Comportement

Reproduction et cycle de vie

Mère jaguar attrapant son petit par le cou

Les femelles atteignent la maturité sexuelle à l'âge de deux à trois ans et les mâles entre trois et quatre ans[8]. Le jaguar est reconnu comme actif tout au long de l'année dans la nature, quoique les naissances puissent augmenter quand les proies sont abondantes[31]. Les recherches sur les mâles en captivité confirment l'hypothèse de l'accouplement toute l'année, sans variation saisonnière dans le sperme et la qualité de l'éjaculation[32]. Un faible taux de reproduction a aussi été observé en captivité[32]. L'œstrus de la femelle est de 6 à 17 jours sur un cycle de 37 jours, et la femelle indique sa période de fécondité avec des marques urinaires et l'augmentation des grognements[31].

Les couples se séparent après la reproduction, et la femelle prend la responsabilité entière des petits. La période de gestation dure de 91 à 111 jours et les femelles donnent naissance à deux à quatre petits[8], le plus fréquemment deux. La mère ne tolère pas la présence des mâles après l'apparition des petits, par peur du cannibalisme, comportement qui se retrouve aussi chez le tigre[33].

Les jeunes qui pèsent entre 700 et 900 grammes à l'apparition, sont aveugles et ouvrent les yeux au bout de deux semaines. Ils sont sevrés à trois mois ainsi qu'à six mois ils débutent l'apprentissage de la chasse avec leur mère qui se poursuivra pendant un à deux ans avant que les petits quittent leur mère pour conquérir leur propre territoire[34]. Les jeunes mâles sont en premier lieu nomades, rivalisant avec leurs homologues plus âgés jusqu'à ce qu'ils parviennent à revendiquer un territoire propre. L'espérance de vie dans la nature est estimée à à peu près 12-15 ans, et en captivité, le jaguar vit jusqu'à 23 ans, ce qui le place parmi les félins avec la plus grande longévité[10].

Structure sociale

Jaguar au repos

Comme la majorité des félins, le jaguar est solitaire dès qu'il quitte sa mère. Les adultes se réunissent seulement pour la cour et la reproduction, quoique des tentatives de socialisation aient été observées de façon anecdotique[33]. Comme la majorité des félins, le jaguar est territorial. La superficie du territoire des femelles est le plus souvent de 25 à 40 km2, les territoires des femelles peuvent se chevaucher même si les individus s'évitent les uns des autres généralement. Le territoire des mâles couvre environ deux fois plus d'espace que celui des femelles et sa taille fluctue avec la disponibilité des proies et de l'espace ; les territoires des mâles ne se chevauchent pas[33], [35]. Les marques de griffes et les dépôts d'urine et d'excréments sont utilisés pour marquer le territoire[36].

À l'instar des autres grands félins, le jaguar est capable de rugir et sert à mettre en garde à distance les autres individus sur les questions territoriales et d'accouplement. Le mâle peut le faire avec d'avantage de force que la femelle. Des épisodes intenses d'échanges entre les individus ont déjà été observés dans la nature[37]. Leur vocalisation ressemble fréquemment à une toux répétitive ou des appels brefs et profonds, et les jaguars peuvent aussi émettre des miaulements, des grognements[10], des grondements et des soufflements. Le prusten est aussi émis quand deux jaguars se rencontrent de manière amicale[34]. Les combats entre mâles pour l'accouplement sont rares, et des comportements d'évitement ont été observés dans la nature[36]. Lorsque un combat se produit, le conflit est généralement pour le territoire. Un territoire de mâle peut englober celui de deux ou trois femelles, et il ne tolère pas les intrusions d'autres mâles adultes[33].

Le jaguar est fréquemment décrit comme un animal nocturne, mais il est plus particulièrement crépusculaire, c'est-à-dire avec un pic d'activité autour de l'aube et du crépuscule. Les individus des deux sexes chassent, mais les mâles se déplacent plus chaque jour que les femelles. Le jaguar peut chasser au cours de la journée si les proies sont disponibles. C'est un félin assez énergique dans la mesure où il est actif 50 à 60 % de la journée[11]. Quand il ne chasse pas, le jaguar se repose.

Alimentation

Mâchoire ouverte du jaguar lors d'un bâillement.

Comme l'ensemble des félins, le jaguar est un carnivore, se nourrissant de viande. C'est un chasseur opportuniste et son régime alimentaire comprend 87 espèces[11]. Le jaguar préfère les grandes proies et chasse cervidés, capybaras, tapirs, pécaris, chiens, renards, et quelquefois anacondas et caïmans. Cependant, le félin peut manger l'ensemble des petites espèces qu'il peut capturer, y compris les grenouilles, souris, oiseaux, poissons, des paresseux, des singes et des tortues. Il peut aussi chasser le bétail, y compris les bovins et les chevaux adultes[38], raison pour laquelle il est quelquefois tué par les éleveurs. Il lui arrive de s'attaquer aux jeunes pumas, le second plus gros félin du Nouveau Monde[39]. Au contraire de l'ensemble des autres espèces du genre Panthera, le jaguar attaque particulièrement rarement l'homme[40]. La majorité des rares cas où les jaguars se sont tournés contre l'homme montre que l'animal était soit vieux, soit blessé.

Au lieu d'utiliser la technique typique des Panthera, c'est-à-dire la morsure profonde dans la gorge pour provoquer la suffocation, le jaguar préfère une méthode de mise à mort unique parmi les félins : il perce l'os temporal du crâne avec ses canines, transperçant le cerveau. Cela est peut-être une adaptation aux carapaces de tortues, qui après la fin des extinctions du Pléistocène, sont devenues avec d'autres reptiles à carapace, une source abondante de proies pour le jaguar[37], [11]. Cette technique de morsure du crâne est employée spécifiquement sur les mammifères, surtout le capybara. Avec les reptiles comme les caïmans, le jaguar peut sauter derrière sa proie pour rompre ses vertèbres cervicales, immobilisant la cible. Capable de fissurer les carapaces de tortues, le jaguar peut vider la chair[33]. Pour les proies telles que les chiens, un coup de patte pour écraser le crâne peut être suffisant. Ses griffes rétractiles lui sont utiles pour maintenir la proie de ses pattes arrière, pendant que les pattes avant l'étouffent.

Le jaguar est un prédateur qui aime chasser à l'affût et tendre des embuscades. Le félin attaque d'un bond rapide à partir d'un lieu où il est couvert et , généralement, d'un angle où la proie ne peut pas le voir. Les capacités de l'espèce à chasser à l'affût sont reconnues comme inégalées dans le règne animal à la fois par les peuples autochtones et par les chercheurs, et sont certainement le produit de son rôle clé de prédateur dans des environnements particulièrement variés. L'embuscade peut être faite dans l'eau car le jaguar est particulièrement capable de transporter en nageant une grande proie morte ; sa force étant si importante que des carcasses de vaches peuvent être montées jusqu'en haut d'un arbre lors des inondations[33].

Une fois la proie morte, le jaguar va traîner la carcasse vers un fourré ou un autre lieu isolé. Il commence à manger le cou et le thorax, plutôt que l'abdomen. Le cœur et les poumons sont consommés, suivis par les épaules[33]. La quantité quotidienne de nourriture consommée par un animal de 34 kg, c'est-à-dire au plus bas de la fourchette de poids de l'espèce, a été estimée à 1, 4 kg[41]. Pour les animaux en captivité pesant entre 50 et 60 kg, plus de 2 kg de viande par jour est recommandée[42]. Dans la nature, la consommation est naturellement plus erratique, les jaguars dépensant une énergie énorme à la capture des proies, ils peuvent consommer jusqu'à 25 kg de viande en une fois, suivis par des périodes de famine[43].

Écologie et répartition

Habitat

Le Pantanal au Brésil : zone humide appréciée du jaguar.

L'habitat du félin comprend les forêts tropicales de l'Amérique centrale et du Sud qui sont saisonnièrement inondées. Parmi ces habitats, le jaguar préfère une forêt dense[11]. Adapté à de nombreux habitats, il n'est cependant pas présent dans les déserts, ainsi qu'à des altitudes trop élevées, quoique des observations à 2 700 mètres dans les Andes et 3 800 mètres au Costa Rica aient été rapportées[44].

La présence d'eau (marécages, lacs, mangroves) est un paramètre important de son installation dans une région[44].

Rôle écologique

Le jaguar adulte est un superprédateur, ce qui veut dire qu'il est au sommet de la chaîne alimentaire et n'est pas lui-même reconnu comme une proie dans la nature. Le jaguar est aussi une espèce clé de voûte, car il régule les populations de proies, désormais l'intégrité de la structure des dispositifs forestiers[9], [45]. Cependant, déterminer avec précision l'effet des espèces comme le jaguar sur les écodispositifs est complexe, parce que les données doivent être comparées autant à partir de régions où l'espèce est absente que dans ses habitats, tout en contrôlant les effets de l'activité humaine. Il est le plus souvent admis que la population de proies augmente en l'absence de prédateurs, et que cela a des effets négatifs en cascade[46]. Cependant, le travail de terrain a montré que la variabilité des populations pouvait être naturelle, ainsi, l'appellation «espèce clé de voûte» pour le jaguar n'est pas plébiscitée par l'ensemble des scientifiques[47].

Le jaguar a aussi un effet sur les autres prédateurs. Le jaguar et le puma, le plus grand félin des Amériques, sont fréquemment sympatriques et ont fréquemment été étudiés conjointement. Dans le cas où précisément leurs territoires se chevauchent, le puma a un territoire plus petit que la moyenne de son espèce et que celui du jaguar. Le jaguar a tendance à prendre des proies plus grandes et le puma des petites, réduisant la taille de ce dernier[48]. Cette situation peut-être avantageuse pour le puma car la possibilité de prendre des proies est plus large, cela peut lui donner un avantage sur le jaguar dans un habitat altéré par l'homme[9]. Le puma a une aire de répartition nettement plus grande et n'est pas reconnu comme quasi-menacé[49].

Aire de répartition

Aire de répartition du jaguar
     Distribution historique      Distribution actuelle

L'aire de répartition historique de l'espèce couvre la majorité du continent américain, néanmoins elle est en net recul. Le félin a rapidement perdu de son aire de répartition dans les régions sèches de son habitat, comme la pampa argentine, les prairies arides du Mexique, et le sud-ouest des États-Unis[20].

Son aire de répartition couvre du Mexique jusqu'en Amérique du Sud, en passant par l'Amérique centrale et une grande partie de l'Amazonie[50]. Les pays inclus dans cette aire sont l'Argentine, le Belize, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, le Costa Rica (surtout sur la péninsule d'Osa), l'Équateur, les États-Unis, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, le Panamá, le Paraguay, le Pérou, le Suriname et le Venezuela. Il est aussi présent en Guyane. Le jaguar est néanmoins reconnu comme une espèce éteinte au Salvador et en Uruguay[20]. En Amérique centrale il est reconnu comme commun seulement au Belize[44].

Il est présent dans les 400 km2 de la réserve naturelle du bassin Cockscomb de Belize, les 5 300 km2 de la réserve de biosphère de Sian Ka'an au Mexique, les 15 000 km2 du parc national de Manú au Pérou, les 26 000 km2 du parc autochtone du Xingu au Brésil, et de nombreuses autres réserves dans son aire de répartition[8].

Le cas des États-Unis

L'inclusion des États-Unis dans la liste des pays de l'aire de répartition du jaguar est basée sur des observations ponctuelles dans le sud-ouest , surtout dans l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le Texas. Au début des années 1900, l'aire du jaguar s'étendait au nord jusqu'au parc national du Grand Canyon, et , vers l'ouest , jusqu'à la Californie du sud[41].

Le jaguar est une espèce protégée aux États-Unis en vertu de l'Endangered Species Act de 1973, qui a arrêté la chasse de l'animal pour sa fourrure. En 2004, des fonctionnaires chargés de la faune en Arizona ont photographié des jaguars dans la partie sud de l'État. Pour qu'une population permanente y prospère, la protection face à la chasse, un bon réservoir de proies, et la connectivité avec les populations mexicaines sont essentiels[51]. Le 25 février 2009, un jaguar a été capturé puis relâché au sud-ouest de Tucson en Arizona après la pose d'un collier émetteur. C'est plus au nord que ce qui avait été auparavant imaginé, et représente un signe d'une envisageable population permanente de jaguars dans le sud de l'Arizona. Il a été confirmé que l'animal est bien le même individu (nommé «Macho B») que celui photographié en 2004 qui était à l'époque le plus vieux jaguar connu dans la nature avec ses quinze ans[52]. En mars 2009, ce jaguar, qui était cependant l'unique repéré aux États-Unis depuis plus d'une décennie, a été recapturé et euthanasié après la découverte d'une insuffisance rénale chronique. Certains experts estiment que le stress de la capture et la sédation répétée en seraient les causes. La mort de «Macho B» est un coup dur pour la présence du jaguar aux États-Unis[53].

L'achèvement de la barrière États-Unis-Mexique visant à lutter contre l'immigration illégale pose aussi à terme un problème sur les populations d'animaux sauvages résidant aux États-Unis, en réduisant leur possibilité de migration et l'hétérogénéité des gènes des populations et en limitant toute nouvelle expansion de l'espèce vers le nord[54]. Le 7 janvier 2008, le directeur de l'United States Fish and Wildlife Service a accepté une décision sans précédent de l'administration Bush pour renoncer à l'objectif fédéral de la réintégration du jaguar aux États-Unis malgré l'Endangered Species Act de 1973. Cette décision, première du genre dans l'histoire de l'Endangered Species Act, est pour certains détracteurs le sacrifice de l'espèce par le gouvernement pour pouvoir développer sans contrainte la barrière États-Unis-Mexique[55]. Ceci est cependant discuté par l'administration Obama[56].

Préservation de l'espèce

Jaguar au zoo de Milwaukee.

Les populations de jaguars sont en diminution. L'animal est reconnu comme une espèce quasi menacée (NT) selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) [20], ce qui veut dire qu'elle peut être menacée d'extinction dans un avenir proche. La perte d'une partie de son aire de répartition géographique, surtout sa quasi-élimination de sa zone d'implantation historique dans les régions du nord et l'augmentation de la fragmentation de son aire de répartition restante, ont contribué à un tel statut. Dans les années 1960, plus de 15 000 peaux de jaguars par an étaient tirées de l'Amazonie brésilienne, ce qui entraîna un fort déclin des populations de jaguar. Le commerce de peaux se réduisit particulièrement fortement lors de la mise en place de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) en 1973[57]. Des travaux détaillés de la Wildlife Conservation Society révèlent que l'animal a perdu 37 % de son aire de répartition historique, avec un statut inconnu dans 18 % autres. Néanmoins, la probabilité de survie à long terme a été jugée à 70 % dans son aire de répartition restante, surtout dans le bassin de l'Amazonie, le Gran Chaco et le Pantanal attenant[50].

Les principaux risques pour le jaguar sont la déforestation de son habitat, l'accroissement de la concurrence pour la nourriture avec les êtres humains[20], le braconnage, les cyclones tropicaux dans le nord de son aire de répartition et le comportement des éleveurs qui tuent fréquemment le félin pour protéger leur troupeau. Quand il est habitué à la proie, le jaguar fait du bétail une grande partie de son alimentation, alors que l'utilisation de la terre pour le pâturage est un problème pour l'espèce. Les populations de jaguars auraient pu augmenter lorsque le bétail a été introduit pour la première fois en Amérique du Sud mais les attaques sur le bétail ont incité les propriétaires d'élevages à embaucher à temps plein des chasseurs de jaguar, qui tirent fréquemment à vue[10].

Le jaguar est classé comme une espèce de l'Annexe I de la CITES : le commerce international de jaguars ou de parties de leur corps est interdit. La chasse au jaguar est interdite en Argentine, au Belize, en Colombie, aux États-Unis, en Guyane française, au Honduras, au Nicaragua, au Panamá, au Paraguay, au Suriname, en Uruguay et au Venezuela. L'exception à la chasse se limite aux «animaux à problèmes» au Brésil, au Costa Rica, au Guatemala, au Mexique et au Pérou, alors que la chasse sportive est toujours autorisée en Bolivie. L'espèce n'a pas de protection juridique en Équateur ou au Guyana[21].

Les efforts actuels de conservation sont fréquemment axés sur l'éducation des propriétaires d'élevage et sur la promotion de l'écotourisme[58]. Le jaguar est le plus souvent défini comme une espèce parapluie : une espèce dont la portée et les besoins en habitat sont suffisamment larges pour que, si elle est protégée, de nombreuses autres espèces plus petites soient aussi protégées[59].

Compte tenu de l'inaccessibilité de la majorité de l'aire de répartition du jaguar, l'estimation de la population d'animaux est complexe. Les recherches portent le plus souvent sur des régions spécifiques et par conséquent les analyses complètes sur l'espèce sont rares. En 1991, de 600 à 1 000 individus ont été estimés comme vivant au Belize. Un an plus tôt, de 125 à 180 jaguars ont été estimés comme vivant au Mexique dans la réserve de biosphère de Calakmul, avec 350 autres dans l'État du Chiapas. La réserve de biosphère Maya au Guatemala contiendrait, quant à elle , de 465 à 550 animaux[60]. Les travaux utilisant la télémétrie GPS en 2003 et 2004 ont montré qu'il y avait uniquement six à sept jaguars pour 100 km2 dans la région du Pantanal, comparativement aux dix à onze en utilisant les méthodes respectant les traditions, ce qui suggère que les méthodes d'échantillonnage anciennement utilisées pourraient surestimer le nombre réel de félins[61].

Plus il y a peu de temps, un projet international appelé Paseo del jaguar («Passage du jaguar») a pour but d'identifier et de préserver les liaisons entre les zones de populations du Mexique à l'Argentine pour sauver l'espèce de l'extinction[28]. En effet, le jaguar a de grandes difficultés à vivre dans un habitat restreint, sans pouvoir migrer pour se reproduire[28].

L'espèce et l'homme

Étymologie et sémantique

Le mot jaguar provient de l'une des langues tupi-guarani, certainement du dialecte utilisé par les Tupis pour le commerce avec les Européens (pidgin), en passant par le portugais jaguar[62]. Le mot tupi yaguara, qui veut dire «bête», quelquefois traduit par «chien»[63], [64] est utilisé pour tout mammifère carnivore ; le mot précis pour le jaguar étant yaguareté, avec le suffixe eté ayant pour sens «réel» ou «vrai»[62], [65]. Dans de nombreux pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, le jaguar est reconnu comme el tigre («le tigre») [12].

La première partie de sa désignation taxonomique, Panthera, vient du latin et est constituée du mot grec πάνθηρ désignant le léopard, l'espèce type qui définit le genre. Cela semble dériver de παν-, «tous», et θήρ, «bête», quoique cela puisse être une étymologie populaire[66], ou bien même d'être en fin de compte à l'origine sanskrit, de pundarikam, le mot sanskrit pour «tigre»[67]. Onca est le mot portugais et espagnol onça, avec la cédille, abandonné pour des raisons typographique en anglais comme ounce ou once en français pour le léopard des neiges (Uncia uncia). Cela dérive du latin lyncea (lynx), avec le el confondu avec l'article défini (en italien : lonza) [68].

Dans la mythologie et la culture

Amérique précolombienne

La figure hybride de l'Art olmèque : l'homme-jaguar.
Guerrier jaguar aztèque

Dans les civilisations précolombiennes, le jaguar est depuis longtemps un symbole de puissance et de force. Parmi les cultures andines, le culte du jaguar pratiqué dès le début de la culture de Chavín se diffuse vers 900 dans ce qui est actuellement le Pérou : par exemple, la culture Moche, au nord du Pérou, utilise le jaguar comme un symbole de pouvoir sur la plupart de céramiques[69].

En Mésoamérique, les Olmèques développent le concept de l'«homme-jaguar», une sorte de motif sculptural et figuratif représentant des jaguars stylisés ou des êtres humains avec des caractéristiques du jaguar. Par la suite, dans la civilisation maya, le jaguar est le réceptacle de croyances qui en font un facteur facilitant la communication entre les vivants et les morts, et est reconnu comme le protecteur de la maison royale. Les Mayas voient ces puissants félins comme leurs compagnons dans le monde spirituel, et un certain nombre de dirigeants mayas portent des noms qui intègrent le mot maya pour le jaguar (b'alam dans la majorité des langues mayas). Les Aztèques partagent cette image du jaguar comme représentant du roi et guerrier. Ils forment une classe de guerriers d'élite connus sous le nom de guerrier jaguar[70]. Dans la religion aztèque, le jaguar est reconnu comme l'animal totem de la puissante divinité Tezcatlipoca.

La culture contemporaine

Le jaguar est beaucoup utilisé comme un symbole dans la culture contemporaine. Le jaguar est aussi l'animal symbole du Guyana et figure dans ses armoiries[71]. Il est fréquemment utilisé comme un nom de produit, surtout au féminin en français pour désigner le produit d'une marque de voiture de luxe. Le nom a été adopté par les franchises de sport, y compris les Jaguars de Jacksonville de la National Football League et les Jaguares de Chiapas du championnat du Mexique de football. Le logotype de la Fédération argentine de rugby à XV utilise l'image du jaguar, même si, en raison d'une erreur journalistique, l'équipe est surnommée Los Pumas («les Pumas»).

Annexes

  • Civilisation précolombienne
  • Liens externes

    Références taxinomiques

    Notes et références

    Notes

    1. De nombreuses études placent l'once dans le genre Panthera, mais il n'y a pas de consensus sur le fait que le nom scientifique de cet animal devraient rester Uncia uncia, ou être changé en Panthera uncia.
    2. Les huit sous-espèces sont les suivantes :

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