Lynx boréal

Le Lynx boréal, aussi nommé Lynx d'Eurasie, Lynx commun, Loup-cervier et improprement Lynx d'Europe, est une espèce de félin du genre Lynx.



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Statut IUCN Quasi menacé - CITES annexe II - Mammifère (nom vernaculaire) - Lynx - Felinae - Félidé

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  • Le lynx boréal est avec le loup et l'ours brun un des grands prédateurs d'Europe. Comme ces derniers, il a été l'innocente victime de l'homme.... (source : www2.ac-toulouse)
  • En Europe, le lynx boréal est un animal forestier et plutôt montagnard.... Enfin, contrairement aux autres grands prédateurs tels que le loup et l'ours, ... (source : carnivores-rapaces)
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Lynx boréal
 Lynx lynx
Lynx lynx
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Felidæ
Sous-famille Felinæ
Genre Lynx
Nom binominal
Lynx lynx
(Linnæus, 1758)
Statut de conservation IUCN :

LC : Préoccupation mineure
Schéma montrant le risque d'extinction sur le classement de l'IUCN.

Statut CITES : Cites II.svg Annexe II,
Révision du 04-02-77

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Le Lynx boréal[Note 1] (Lynx lynx), aussi nommé Lynx d'Eurasie, Lynx commun, Loup-cervier et improprement Lynx d'Europe, est une espèce de félin du genre Lynx. Facilement reconnaissable à ses longues pattes, sa courte queue et sa face aux oreilles pointues, le Lynx boréal apparaît dans de grandes variétés de robes et de taille.

Habitant des forêts boréales, c'est un félin discret chassant les petits ongulés comme le chevreuil. Beaucoup distribué, ses populations ont cependant régressé en Europe de l'Ouest, où plusieurs tentatives de réintroduction ont eu lieu.

Objet de superstitions depuis le Moyen Âge, le Lynx boréal est resté méconnu jusqu'au début des années 1980. Il est toujours l'objet de débats, en particulier lors de sa réintroduction, avec les chasseurs et les bergers.

Article connexe : Caractères communs aux lynx.
Portrait d'un Lynx boréal

La face du Lynx boréal est ornée d'un collier de poils longs autour du cou. Comme l'ensemble des lynx, ses oreilles triangulaires sont surmontées d'une touffe de poils noirs, qui mesurent jusqu'à 4, 5 cm de long ; le revers est marqué par une tache blanche. Des rayures verticales barrent le front, et une marque noire part du coin externe de l'œil jusqu'aux joues[1]. Il n'a que 28 dents au lieu des 30 habituelles chez les félins[2] ; cependant, le Lynx boréal possède comme caractéristique de pouvoir avoir une dent surnuméraire[3].

La queue courte se termine par un manchon noir. Les jambes sont longues et les pieds volumineux en comparaison du reste du corps. C'est une adaptation au déplacement dans la neige : les longues pattes permettent de se dégager plus aisément dans un épais manteau neigeux[4], [5]. Du fait de ses pieds larges, le Lynx boréal exerce une pression sur le sol trois fois plus faible que celle du Chat sauvage (Felis silvestris) [Note 2], [4]. Donc, le Lynx boréal s'enfonce moins dans la neige, comme s'il portait des raquettes[5] et marche silencieusement[4].

La couleur de sa fourrure est la plus variable du genre Lynx. Elle fluctue du blanc crème au brun foncé, avec plus ou moins de taches noires sur le corps, qui peuvent être pleines ou en rosettes. Le Lynx boréal a une fourrure spécifiquement dense, surtout sur le dos où la concentration de poils atteint 9 000 poils/cm2 contre 4 600 sur le ventre. La pilosité se compose de douze à treize poils de bourre pour un poil de jarre[4].

Le Lynx boréal est deux fois plus gros que les trois autres espèces de lynx. Il pèse de 9 à 35 kg[6], la plus grande sous-espèce étant le Lynx de Sibérie ; la moyenne est de 25 kg pour les mâles et 21 kg pour les femelles[1]. Il mesure de 65 à 75 cm à l'épaule et sa longueur est de 77 à 135 cm[6]. Le dimorphisme sexuel est important : les mâles sont en moyenne un quart plus gros que les femelles[4].


Évolution de l'espèce et taxonomie

Phylogenèse

La phylogénie s'est longtemps basée sur l'étude des fossiles d'un animal pour préciser la naissance et l'évolution d'une espèce. La phylogénie moderne s'appuie principalement sur les analyses génétiques en raison du nombre peu important de fossiles de félins. Des études génétiques effectuées en 2006 et 2007, ont montré qu'il y a 7, 2 millions d'années, la lignée des lynx diverge de celle des pumas. Le dernier ancêtre commun à l'ensemble des lynx date de 3, 2 millions d'années au Pliocène[7].

Bien que les fossiles soient rares chez les félins, les lynx font office d'exception. Le Lynx d'Issoire (Lynx issiodoriensis) est le plus souvent reconnu comme l'ancêtre commun du genre Lynx. Possédant une aire de répartition particulièrement large, Lynx issiodorensis présentait une morphologie proche des félinés tout en ayant les caractéristiques des lynx[8], [9]. Plusieurs hypothèses d'«apparitions» des lynx modernes au travers de la forme intermédiaire du Lynx d'Issoire ont été proposées. Une hypothèse suggère une divergence en trois lignées différentes : L. pardinus, L. lynx, et L. rufus ; dans cette première hypothèse, L. canadensis descend de L. lynx[8].

Le Lynx boréal est plus éloigné de Lynx issiodorensis que le Lynx pardelle (Lynx pardinus) [10] : une hypothèse proposée est que le Lynx boréal, originaire d'Asie, aurait repoussé le Lynx pardelle sur la péninsule espagnole[8]. Le Lynx du Canada et le Lynx boréal sont en fait issus d'une même forme de Lynx d'Issoire asiatique[11] qui aurait effectué une colonisation des Amériques en traversant le détroit de Béring[12], [13].

Arbre phylogénétique du genre Lynx[7]

   Lynx   

 Lynx rufus - Lynx roux




 Lynx canadensis - Lynx du Canada




 Lynx lynx - Lynx boréal



 Lynx pardinus - Lynx pardelle





Sous-espèces

Lynx de Sibérie (Lynx lynx wrangeli) au zoo de Thoiry.

La classification des lynx a fait l'objet d'un débat : les lynx devaient-ils être classés dans leur propre genre Lynx ou être un sous-genre de Felis ? En effet, jusque dans les années 1980, presque l'ensemble des félins étaient inclus dans le genre Felis, excepté les grands félins du genre Panthera et le guépard du genre Acinonyx : c'est la classification de Simpson. La taxonomie actuelle admet désormais que les lynx appartiennent à leur propre genre, mais le synonyme Felis lynx subsiste dans la littérature[11]. La classification des lynx a énormément varié, et de nombreuses espèces actuelles, surtout le Lynx du Canada et le Lynx pardelle, ont été reconnues comme des sous-espèces du Lynx boréal comme Lynx (Felis) lynx canadensis[11] et Lynx (Felis) lynx pardinus[14].

Le décompte total est monté jusqu'à dix sous-espèces proposées et en 1996, l'Union internationale pour la conservation de la nature en comptait toujours sept[8]. Les sous-espèces existent par conséquent sous la plupart de synonymes. Les recherches proposent désormais des sous-espèces basées tant sur la colonisation des territoires par le Lynx boréal durant les glaciations du Pléistocène que sur la variabilité génétique intraspécifique[15]. Les sous-espèces suivantes sont proposées par le KORA [15] :

Selon Mammal Species of the World, il existe uniquement cinq sous-espèces de Lynx boréal[16] : Lynx lynx lynx, Lynx lynx isabellinus, Lynx lynx kozlovi, Lynx lynx sardiniæ, Lynx lynx stroganovi. Le Lynx de Sardaigne (Lynx lynx sardiniæ) est reconnu comme éteint. Il est envisageable qu'il ne soit en fait qu'une sous-espèce de Chat sauvage (Felis silvestris) [8].

Comportement

Structure sociale et territoire

Un Lynx boréal parcourt son territoire au sein du parc national de la forêt Bavaroise.

Le Lynx boréal est un prédateur solitaire, actif du crépuscule au lever du soleil. Le territoire du mâle recouvre celui d'une ou plusieurs femelles. Le lynx mâle est intolérant envers les autres mâles traversant son territoire, mais ce sont les femelles qui restent les plus vindicatives entre elles. Les territoires comportent cependant des «zones neutres» où il est envisageable de circuler sans qu'il y ait affrontement : il s'agit souvent des limites du territoire[17].

Chaque adulte a un territoire de 11 à 300 km2, selon l'abondance des proies ; quand elles sont rares le lynx doit patrouiller des zones plus vastes pour se trouver à manger. Une formule servant à calculer la densité de Lynx boréal pour 100 km2 selon la biomasse d'ongulés a été proposée[Note 3] à partir de l'analyse de territoires de lynx de différents pays occupés, mais elle reste incertaine compte tenu de la variété des méthodes de comptage[18].

Régime alimentaire

Le Lynx boréal est l'unique lynx à s'attaquer plutôt aux petits ongulés comme le chevreuil ou le chamois[19]. Le Lynx boréal attaque peu ou pas le Grand tétras[20]. Il n'est pas charognard et refuse toute nourriture en état de décomposition trop avancé[21]. Le Lynx boréal peut s'attaquer au bétail : la pression de prédation sur les animaux domestiques est particulièrement variable selon les régions. Des cas de spécialisation dans la chasse au mouton ont été rapportés. Lors d'une réintroduction, les statistiques montrent une augmentation brusque des attaques sur le bétail suivie d'une période de stabilisation. Cependant, l'action du lynx sur le bétail est reconnue comme mineure en comparaison avec celles du Loup gris et de l'Ours brun[22]. Les lynx n'attaquent pas l'homme, pas même quand ce dernier s'approche de sa progéniture[23].

Le taux de réussite de la chasse fluctue beaucoup selon les individus. Les femelles accompagnées de leurs petits réussissent leur chasse dans 60 à 70 % des cas, les mâles dans 40 à 60 % des cas et les subadultes dans 10 à 20 % des cas. La distance entre l'attaque et la mise à mort est le plus souvent de moins de vingt mètres. Le lynx ne poursuit sa proie sur plus de deux cents mètres que dans un à cinq pour cent des attaques[20].

Cycle de vie

La femelle élève seule ses petits.

Le cycle de reproduction des lynx est soumis à de grandes variations. Les observations menées sur le Lynx boréal montrent que selon les années, seules 43 à 64 % des femelles donnent naissance à des jeunes[24]. Le temps de gestation est de 63 à 68 jours, les portées sont composées d'un à quatre jeunes qui quitteront leur mère vers dix mois. La maturité sexuelle est atteinte à 30 mois pour les mâles et 20 à 24 mois pour les femelles[25].

Les lynx sont particulièrement peu vecteurs de la rage. Sur mille lynx de Slovaquie capturés ou tués sur dix ans, seuls 0, 6 % étaient infectés par le virus rabique. Qui plus est , les lynx ne développent pas la forme agressive de la maladie et ont tendance à faire diminuer les populations de renards (très sensibles à la rage) par pression de prédation[20]. Cependant, les décès par maladie ne représentent qu'un quart des décès totaux. Les trois-quarts des décès des adultes sont dus à l'activité humaine, soit par une pression de chasse et/ou de braconnage, soit par le trafic routier. Pour les jeunes, c'est avant tout la famine et les maladies parasitaires qui déciment les populations : jusqu'à 80 % des jeunes n'atteignent pas l'âge de procréer[26]. Les lynx ont assez peu de prédateurs naturels en dehors de l'homme. L'ours brun et le loup gris peuvent attaquer et tuer un lynx[27]. La longévité est d'une quinzaine d'années dans la nature et d'environ trente ans en captivité[25].

Chorologie

Habitat

Le Lynx boréal préfère les zones forestières avec des sous-bois denses et couverts. Les forêts boréales et tempérées sont l'habitat généralement rencontré, mais il peut aussi s'adapter aux zones rocailleuses ainsi qu'à la steppe[28].

Aire de répartition

Aire de répartition du Lynx boréal.
Article connexe : Lynx boréal en France.

Le Lynx boréal était présent partout en Europe, sauf en Grande-Bretagne[9]. La chasse au lynx débute au XVIe siècle et s'intensifie au XVIIIe à cause de la démocratisation des armes à feu, l'accroissement des populations réduisant l'espace disponible pour le lynx, et la valorisation de la chasse par l'obtention de primes de l'État pour supprimer la vermine[9]. Le lynx a disparu de l'ouest de l'Europe et des Alpes avant l'ours et le loup, quoiqu'il ait été persécuté moins intensivement. L'explication réside dans une plus grande sensibilité du lynx face à la destruction de son habitat ainsi qu'à la diminution des effectifs de ses proies naturelles[21].

Au XIXe siècle, le Lynx boréal est complètement éradiqué de France et ne subsiste en Suisse que dans le Jura et les Alpes. Au début du XXe siècle, les populations de lynx régressaient partout en Europe : les diverses études estimaient la population à à peu près 4 000 individus, plus de la moitié vivant dans les Carpates. Les populations de Lynx boréal s'accroissent au milieu du XXe siècle, du fait de sa protection légale[9].

Il reste l'une des espèces de félins dont l'aire de répartition est la plus étendue. Le Lynx boréal se rencontre de la Scandinavie au Kamtchatka, et atteint la Chine[28]. Il peut se rencontrer dans les pays suivants[29] : Afghanistan, Albanie, Allemagne, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belarus, Bhoutan, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chine, Corée, Croatie, Espagne, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Inde, Iran, Irak, Italie, Kazakhstan, Corée, Kirghizstan, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Népal, Norvège, Ouzbékistan, Pakistan, Pologne, République tchèque, Roumanie, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Tadjikistan, Turquie, Turkménistan, Ukraine.

Protection

Statut légal

Le lynx est un animal protégé depuis le 19 septembre 1979 (Convention internationale de Berne). Le commerce des animaux sauvages est régi par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Le Lynx boréal est classé en Annexe II de la CITES depuis 1977[30].

La chasse au Lynx boréal est réglementée en Russie, en Norvège, en Finlande, en Pologne, en Roumanie, en Turquie[31], en Estonie, en Lettonie, en Slovaquie jusqu'en 2001 date à laquelle il fut complètement protégé, en Croatie et en Slovénie[32]. En France et en Suisse, les lynx à problème sont déplacés[32].

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) le classe en «préoccupation mineure» (LT) à cause de sa large distribution et de ses effectifs stables[29].

Réintroductions

Article connexe : Réintroduction.

On peut évaluer financièrement la réintroduction du lynx dans le canton d'Obwald en Suisse qui a permis d'économiser 350 000 francs de subventions en dégâts dus aux ongulés[9].

Quatorze projets de réintroduction du Lynx boréal ont été mis en œuvre en Europe de 1970 à 2006, qui ont donné les meilleurs résultats en Slovénie, dans les Alpes suisses et dans le Jura. Le Lynx boréal a été réintroduit en Slovénie, en Croatie, dans le parc national de Bavière en Allemagne, dans le Jura suisse, le canton de Vaud, le canton d'Obwald, le parc national des Grisons et le parc national du Grand-Paradis en Italie[9]. Le suivi des populations françaises de lynx est effectué par le réseau Lynx qui relève les indices de présences du félin[33].

Pour capturer des lynx à des fins de réintroduction, les scientifiques utilisent la tendance des félins à emprunter toujours les mêmes passages. Une cage à deux portes coulissantes est positionnée de telle manière que le félin puisse voir sa piste au-delà du piège, sur un chemin souvent utilisé. Le lynx est fréquemment capturé au début ou à la fin de l'hiver, il subit ensuite une période de quarantaine avant d'être relâché, plutôt en couple, à la belle saison. Les individus capturés sont fréquemment des jeunes, le plus souvent des mâles[20].

Élevage conservatoire

Le Lynx boréal fait l'objet d'un studbook européen (ESB) visant à créer un arbre généalogique fiable des individus détenus par les zoos[34]. Selon l'Association mondiale des zoos et des aquariums, les lynx sont gardés dans les parcs zoologiques à des fins d'éducation et pour la sympathie nouvelle du public[35], [36]. Le 13 octobre 2009, l'International Species Information System (ISIS) contenait 397 Lynx boréaux. Seules trois sous-espèces sont détenues par les zoos participants à ISIS : Lynx lynx lynx, Lynx lynx carpathica et Lynx lynx wrangeli[37].

L'espèce et l'homme

Étymologie et sémantique

Le terme «lynx» [lε̃ :ks] est directement issu du latin «lynx», lui-même tiré du grec ancien «λύγξ» qui sert à désigner tout simplement l'animal. Il existe quelques variations orthographiques telles que «linz» durant le XIIe siècle ou «lins» au XIIIe siècle. Au sens figuré, un lynx est une personne particulièrement rusée[38]. «Avoir des yeux de lynx» veut dire avoir une très bonne vue[39] ; cette expression est issue d'une confusion avec «avoir des yeux de Lyncée», en référence à l'argonaute Lyncée qui possédait une vision perçante, et a été à l'origine de la légende sur les bons yeux du lynx[9]. Ainsi, la constellation du Lynx aurait été nommée ainsi par Hevelius au XVIIe siècle car il faut avoir les yeux de lynx pour l'apercevoir[40]. Le terme «Lynx du désert» ou «Lynx désertique» fait référence au Caracal (Caracal caracal).

Le Lynx boréal est anciennement appelé «loup-cervier» ou «loup cervier» [lusɛʀvje], du latin Lupus cervarius qui veut dire littéralement «loup qui attire les cerfs». Au départ, ce terme ne désignait que la femelle du lynx et le féminin «louve-cervière» est antérieur au masculin. Une forme féminine «loup-cerve» est proposée dans certains dictionnaires[41]. Le Lynx du Canada est toujours nommé «loup-cervier» en français du Canada[11]. Outre la désignation de l'animal, le terme loup-cervier peut symboliser un homme sans scrupule, œuvrant dans le secteur de l'économie (banquier par exemple) [41].

Relations avec l'homme et représentations

Un félin particulièrement peu connu jusqu'au XXe siècle

Les félins (livre de chasse de Gaston Phœbus, 1331-1391)

Le lynx est particulièrement peu représenté sur les peintures rupestres. Durant l'Âge du bronze, des représentations ont été rapportées sur le schiste de la Madeleine et dans la grotte de Parpallo-Gandsa[Note 4]. Les restes sont aussi peu fréquents : des dents et des griffes de lynx ont été retrouvées et semblaient faire office d'amulettes dans le Jutland au Néolithique. Pompée amena des lynx de Gaule pour les jeux du cirque[9].

La première référence écrite au Lynx boréal nous vient de Pline l'Ancien, qui n'hésita pas à le comparer au loup : «Effligie lupi, pardorum macullis», c'est-à-dire «Ressemblant au loup, tacquis comme une panthère». Qui plus est , selon Pline l'ancien, il existe deux formes de lynx, le «loup-cervier» utilisé à Rome lors des jeux du cirque, et le «lynx», créature fabuleuse venue d'Éthiopie[42]. Ces descriptions, néenmoins particulièrement peu précises, servirent de base à la totalité des travaux et écrits sur le lynx. Combiné à l'extrême discrétion de ce félin que personne ou presque ne rencontrait, il devint un animal fantasmagorique, connu féroce. Ainsi, au Moyen Âge, le loup-cervier est toujours assimilé au loup. On appelait ainsi le lynx «loup à robe zébrée ou mouchetée», et n'importe qui était terrifié par cet animal. Le lynx était particulièrement méconnu, absent des bestiaires car absent de la Bible, il apparaît pour la première fois dans le livre de chasse de Gaston Phœbus[9]. Le félin est si méconnu que les véritables dépouilles de lynx capturés en Europe de l'Ouest sont prises pour quelques «animaux exotiques» et cela jusqu'au XIXe siècle. Les écrits à propos du lynx restent empreints de légende jusqu'au XXe siècle où des recherches sérieuses ne sont entreprises qu'à partir des années 1980[42].

Symbolique

Article connexe : Armorial au lynx.
Blason de la ville de Jēkabpils en Lettonie.

En héraldique, lynx et loup-cervier sont deux figures différentes. Le lynx est passant dans l'écu et tout comme le loup-cervier symboliserait la perspicacité[43], [44]. Le loup-cervier, représenté comme une panthère tacquise avec la queue d'un chat et la face d'un lynx, est particulièrement peu présent. Le lynx peut être représenté passant ou de front[45], et peut être confondu avec le loup quoiqu'il ait le plus fréquemment la queue entre les jambes[46].

Le lynx est reconnu comme un symbole de la Macédoine et est présent sur le côté pile de la pièce de 5 denars[47].

Superstitions

Le Lynx boréal est presque absent des mythologies européennes ; cependant, il a fait l'objet de nombreuses superstitions. Ainsi l'urine de lynx avait la propriété de se solidifier pour former une pierre précieuse, le lyncurium[39], capable de soigner l'ictère et de faire disparaître les calculs de la vessie. Une autre superstition veut que le lynx aient de bons yeux. Cette croyance est née d'une confusion avec l'argonaute Lyncée qui possédait une vision perçante[9]. On pensait aussi que les yeux brillants du lynx[Note 5] éclairaient la route et pouvaient rendre aveugle tant la lumière était intense[42]. Ses yeux étincelants avaient soi-disant la faculté de voir à travers les murs[39]. La légende du loup-cervier raconte que le lynx peut se transformer en loup pour se nourrir de cervelle humaine[33]. Au Moyen Âge, les griffes et les dents du Lynx boréal servaient d'amulettes et il était aussi chassé pour sa fourrure[33].

La bête de la Gargaille, sorte de bête du Gévaudan jurassienne, aurait terrorisé la population durant l'année 1819. Les descriptions particulièrement contradictoires pointent l'action d'un lynx. Cependant, l'histoire aurait été gonflée en véritable massacre par le préfet alors que le louvetier décrivait de simples vêtements déchirés[42].

Attitudes et connaissances de l'Homme

Extrêmement discret, le Lynx boréal est rarement aperçu. Dans le parc national de Bavière, 10 000 promeneurs annuels empruntent un sentier à 300 mètres d'un lieu de reproduction ; la totalité du parc de 13 000 hectares, contenant six lynx résidents, était visité par 1, 3 millions de visiteurs en 1976. Pourtant, seules six à huit observations annuelles ont été rapportées[20].

Le Lynx boréal a profité du changement de mentalité de l'Homme envers la nature et surtout envers les carnivores. 70 à 80 % des personnes des pays d'Europe de l'Ouest sont favorables au retour des lynx. Cependant, les citadins sont énormément plus favorables au retour du lynx que les habitants des milieux ruraux. Les principaux détracteurs des lynx sont les chasseurs, qui l'accusent de faire diminuer la population de gibier, et les éleveurs, préoccupés par les prélèvements sur leurs troupeaux[48]. Pourtant, l'impact du lynx est reconnu comme bénéfique au gibier[Note 6] et dans certains pays, les lynx tuent nettement moins que les chasseurs, comme en Suisse, où le Lynx boréal attaque 6 000 chevreuils et l'Homme plus de 40 000[23]. De nombreux moyens ont été testés pour minimiser l'impact du lynx sur le bétail : les plus efficaces restent l'emploi du chien patou, le gardiennage et l'utilisation de clôtures. Qui plus est , si la présence du lynx est quelquefois mal vécue lors de leur réintroduction, dans les pays où il n'a jamais disparu, aucune accusation ni demande d'extermination n'est effectuée[49].

Notes et références

Notes

  1. Typographie selon le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, Imprimerie nationale, 2002, édition octobre 2007 (ISBN 978-2-7433-0482-9) , p.  37
  2. Le Lynx boréal est de trois à dix fois plus gros que le Chat sauvage.
  3. Densité supportable pour 100 km2 = 4, 58 Log 10 (X) – 9, 53 (où X = biomasse d'ongulés en kg/km2)
  4. Cette dernière représentation est peut-être celle d'un chevreuil.
  5. Les yeux des félins reflètent la lumière dans la nuit en raison du tapetum lucidum.
  6. Les prédateurs s'attaquent aux individus les plus faibles et les écartent par conséquent de la reproduction.

Références

  1. (fr) Peter Jackson et Adrienne Farrell Jackson (trad. Danièle Devitre), Les félins : l'ensemble des espèces du monde, Delachaux et Niestlé, coll. «La bibliothèque du naturaliste», octobre 1996, 272 p. (ISBN 2-603-01019-0)  , «Lynx commun, lynx boréal», p. 79
  2. Peter et Adrienne Farrel Jackson, op.  cit. , p. 10
  3. C. Kempf, op.  cit. , «Zoologie» p. 17-32
  4. (fr) Patrice Raydelet, Le lynx boréal, Les sentiers du naturaliste (ISBN 2-603-01467-6)  , «Sentier physiologique», p. 42-57
  5. (fr) Rémy Marion (dir. ) , Cécile Callou, Julie Delfour, Andy Jennings, Catherine Marion et Géraldine Véron, Larousse des félins, Larousse, Paris, septembre 2005, 224 p. (ISBN 2-03-560453-2 et ISBN 978-2035604538) (OCLC 179897108)  , p. 19
  6. Rémy Marion, op.  cit. , «Lynx boréal Lynx lynx», p. 43-46
  7. Stephen O'Brien et Warren Johnson, «L'évolution des chats», dans Pour la science, no 366, Avril 2008 (ISSN 0 153-4092)   basée sur (en) W. Johnson et al., «The late Miocene radiation of modern felidæ : a genetic assessment», dans Science, no 311, 2006  et (en) C. Driscoll et al., «The near eastern origin of cat domestication», dans Science, no 317, 2007 
  8. Patrice Raydelet, op.  cit. , «Sentier généalogique», p. 8-41
  9. C. Kempf, op.  cit. , «Historique des populations», p. 83-120
  10. Les lynx, essai de paléontologie et formes actuelles sur FERUS.
  11. (fr) Clément Fortin et Josée Tardif, «Situation du Lynx du Canada (Lynx canadensis) au Québec» sur http ://www. fapaq. gouv. qc. ca, Janvier 2005, Direction du développement de la faune. Consulté le 21 septembre 2009
  12. (en) William J. Zielinski, Thomas E. Kuceradate, American Marten, Fisher, Lynx, and Wolverine : Survey Methods for Their Detection, DIANE Publishing, 1998, 77–78 p. (ISBN 0788136283)  
  13. (en) Carron Meaney, Gary P. Beauvais, «Species Assessment for Canada lynx (Lynx Canadensis) in Wyoming», Septembre 2004, United States Department of the Interior, Bureau of Land Management. Consulté le 8 avril 2009
  14. (en) Rosa Garcia-Perea, «Phylogeny and Conservation of Iberian Lynxes», dans CAT NEWS, no 27, Automne 1997 [texte intégral (page consultée le 21 septembre 2009) ] 
  15. (en) Phylogenetic history and subspecies sur http ://www. kora. ch/en/proj/elois/online/index. html, 2003, Eurasian Lynx Online Information System for Europe. Consulté le 20 octobre 2009
  16. Référence Mammal Species of the World : Lynx lynx (en)
  17. Larousse des félins, op.  cit. , p. 165
  18. (en) D. A. Hetherington, M. L. Gorman, Using prey densities to estimate the potential size of reintroduced populations of Eurasian lynx, Biological Conservation 137 : 37-44 (8 p., 2 fig., 2 tab., 76 réf. ), 2007
  19. (fr) Rémy Marion (dir. ) , Cécile Callou, Julie Delfour, Andy Jennings, Catherine Marion et Géraldine Véron, Larousse des félins, Larousse, Paris, septembre 2005, 224 p. (ISBN 2-03-560453-2 et ISBN 978-2035604538) (OCLC 179897108)  , p. 135
  20. (fr) C. Kempf, A. Balestri, U. Wotschikowsky et M. Fernex, Chez nous Le Lynx ? Mythes et réalité, Les guides Gesta, 1979 (ISBN 2-903191-01-8)  , «Écologie du lynx», p. 33-74
  21. (fr) KORA, «Documentation Lynx préparée à la demande de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) » sur http ://www. bafu. admin. ch/, KORA (Projets de recherches coordonnés pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse). Consulté le 21 septembre 2009
  22. Patrice Raydelet, op.  cit. , «Sentier gastronomique», p. 114 - 133
  23. (fr) Huit questions, huit réponses sur http ://www. pronatura. ch, Pronatura
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Références taxinomiques

Annexes

Liens externes

Bibliographie

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